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Un petit coin de Provence
Je vous invite à découvrir un charmant village
provençal : Simiane-Collongue.
Il se blottit dans le creux d’un vallon sur le versant Nord de la Chaîne
de l’Etoile, au pied du Pilon du Roi, entre Aix et Marseille.
Un grand rocher moussu, surmonté d’une vénérable
tour de guet, domine ses vieilles rues pittoresques.
Autour du vieux village, les lotissements parsèment la plaine
ensoleillée.
Vers le Pilon du Roi, c’est la Nature, la forêt. On y découvre
les anciens hameaux des Frères, de St Germain, son ancienne chapelle,
les Putis et le domaine des Marres.
Plus loin, on découvre un univers minéral jusqu’aux
portes de la cité phocéenne.
Le village construit à 235 mètres d’altitude et dont
la place est agréablement ombragée de platanes, est dominé par
le rocher du Castrum.
Le Pilon du Roi culmine à 710 mètres ; le Col Saint- Anne
atteint 691 mètres.
De ces sommets, on a une vue étendue sur la rade de Marseille
et le pays d’Aix.
A la limite de Mimet, on signale le Rocher de la Reine, près de
la Vigie Notre-Dame de Rot.
Les collines couvertes d’yeuses, de chênes blancs et de pins
abritent sangliers, merles et rossignols.
Les Vallons de Venel, d’Encouven méritent le détour.
La source de la Roque apporte de la fraîcheur au Vallon de Putis.
Les Vallats sont nombreux : on cite ceux de Tiranne, des Mourgues, de
Venel, de la Roque.
Le saviez-vous ?
D’où vient le nom « la Chaîne
de l’Etoile »
Ce nom lui a été donné parce qu’elle
se situe au nord de Marseille. De ce fait, l’étoile
polaire apparaît précisément au-dessus des
sommets appelés aujourd’hui « la grande et
la petite étoile ». Les anciens marseillais y avaient
installé des vigies au Col St Anne, au Pilon du Roi et
l’Etoile pour surveiller les mouvements des barbares dans
la vallée de l’Arc. |
Les Vestiges néolithiques à Simiane Des tribus néolithiques s’étaient installées dans quatre grottes proches du Pilon du Roi où l’on a découvert des poteries dont une grande jarre à fond plat, ancêtre possible du « tian » provençal. Une cinquième grotte servait de cimetière après incinération, une poterie cassée indiquerait un rituel funéraire. Dans le rocher du Pilon du Roi, on a relevé des entailles en forme de fer à cheval. Dans ce site se trouvaient aussi des silex taillés et des fragments de poteries. Dans la plaine même, des agriculteurs-éleveurs
s’étaient installés à Siège
comme semblent le confirmer les nombreuses sépultures
retrouvées ainsi que trois cent bracelets de bronze
(Musée d’Aix), signalés par Mr Saurel. |
L’élevage et l’agriculture n’ont pas cessé de
s’étendre.
Alors qu’à quelques kilomètres de là, les Grecs développaient à Massilia
(qui s’appelle Marseille désormais) une civilisation brillante et
prospère.
Notre région était dominée par les Salyens dont la capitale était
Entremont près d’Aix.
C’était des Celtes, qu’on appelle aussi Gaulois.
Ils vivaient dans des villages fortifiés appelés oppida et ils
é
taient célèbres pour leur cruauté et leurs rites sanguinaires.
Ces Salyens étaient vraiment terribles. Ils « harcelèrent » tellement
les Marseillais que ceux-ci appelèrent les Romains à leur
secours. Ces derniers les écrasèrent et s’emparèrent
de presque toute la région. Suivirent plusieurs siècles
de « pax romana » c’est-à-dire de paix romaine.
Les romains construisirent des « villae », sortes de grandes fermes
consacrées à l’élevage et à l’agriculture
où travaillaient de nombreux esclaves.
L’une d’entre elle se trouvait dans le vallon de Saint-Germain,
une autre à Siège.
Durant cette période prospère, de plus en plus de gens s’installèrent
définitivement dans notre
« pays».
LES GRECS et LES CELTO-LIGURES Vers 600 avant Jésus-Christ, les Grecs de Phocée
fondent Massalia, la future Marseille. Les Grecs ne coloniseront
pas, à proprement parler, la région. Une certaine influence hellénistique devait néanmoins s’exercer sur les peuples ligures installés dans notre région à cette époque. Ces peuples de pasteurs-agriculteurs étaient notamment les constructeurs de Castellas (ou Castellaras), places fortes sommaires faites de pierres grossièrement ajustées et installées à la pointe d’éperon rocheux, à mi-chemin des bas-fonds dangereux et des sommets inaccessibles. Ils étaient destinés à la surveillance et à la protection essentielle des troupeaux et de leurs gardiens sur le trajet des chemins de l’époque. Au IVème siècle avant notre ère, ces peuples
se mêlent à de nouveaux arrivants : les Celtes du
nord (les Gaulois) créant une civilisation originale celto-ligure à laquelle
appartient le peuple Salyen qui occupe notre région avec
ses deux capitales d’Arelate (Arles) et Entremont près
d’Aix et son sanctuaire de Roquepertuse près de
Velaux |
LES ROMAINS EN PROVENCE Appelés par les Marseillais en 125 av. J.C pour les
défendre des assauts des Salyens, les Romains après
leur victoire, s’installèrent en Provence. Grands
conquérants, ils furent aussi de grands bâtisseurs
: Ils fondèrent de nombreuses villes dont Aix, ornées
de magnifiques monuments, construisirent des routes solides pour
les relier et amenèrent l’eau par tout un ensemble
d’ouvrages d’art. |
Les romains classaient leurs chemins de la manière suivante :
ACTUS : chemin de 4 pieds de largeur pour le passage
d’un seul
chariot
ITER : chemin de 2 pieds de largeur pour le passage d’un homme à cheval.
SEMITA : chemin d’un pied de largeur pour les piétons.
CALLIS : chemin de largeur variable pour le passage des troupeaux.
LES DEBUTS DU CHRISTIANISME En Provence, comme ailleurs
en Gaule, les gallo-romains adorent d’abord les dieux romains pour
lesquels
ils édifient de nombreux Temples. Puis, une nouvelle religion
se répand : la religion de Jésus-Christ ou religion
chrétienne. |
Les Vestiges Gallo-romains
Les activités des romains à Simiane devaient être
basées essentiellement sur l’agriculture (vigne et olivier
notamment) et l’élevage. La plaine du côté de
Siège devait aussi être un point de passage vers le Nord
et l’Est (comme l’est aujourd’hui, la route rapide
vers Gardanne et Trets). C’était une route commerciale.
Au moins deux « villas » et peut-être un Temple à Saint-Jean
de Siège ont été recensés.
Les vestiges connus actuellement sont :
Au Baou de Venel : L’abbé Chaillan signale un petit autel brisé en plusieurs morceaux où l’on a trouvé la base d’une colonne cannelée. Plus à l’ouest, dans une nécropole, une pierre tumulaire surplombait un squelette. Ce bloc est sur une face, gravé d’une scène de chasse, représentant un ours attaqué par un chasseur tenant un épieu ; et sur l’autre d’un deuxième personnage couché, entouré de feuilles d’acanthe et de lotus (Musée Calvet à Avignon).
Près de la chapelle Saint-Germain, on a retrouvé des restes de poteries, de tombeaux, de lampes, amphores, médailles impériales, et un cippe de 82 cm de haut sur 50 cm de large avec une inscription funéraire, (actuellement au centre de la chapelle).
A Saint-Germain de Siège, on a recensé de nombreux vestiges
d’une villa et peut-être d’un Temple : débris
de marbre, tuiles, monnaies impériales, tête de femme de
l’époque de Trajon, fragments de poterie. A proximité,
on a localisé les restes d’une voie romaine.
Au Jas de Roque : des poteries et un chapiteau corinthien.
A Collongue : des sépultures en tuiles et un bas-relief funéraire.
« Les villae » Dans notre région,
il y a d’innombrables restes
de « villae » gallo-romaines. Entre le Ier et le
IIIème siècle, les « oppida » sont
abandonnés. Quelques uns ont encore servi de porte de
guet Le grand domaine de rapport et villégiature dont les
vestiges sont : l’abondance de mosaïques, débris
de marbre , fragments de fresques et statues, piscine, tout-à-l’égout,
temple particulier ; c’était la résidence
d’un homme fortuné. Ainsi, la villae romaine de
Siège (80 à 100 après J.C). |
Comme cela allait mieux, ils devinrent trop nombreux et certains d’entre
eux redescendirent vers la vallée.
Oh ! pas bien loin ! Juste à l’entrée et au pied
d’un piton rocheux sur lequel ils construisirent une citadelle
pour les défendre et une église . Là, s’arrêtait,
en pente douce, une colline et ils appelèrent leur village « Cauda
longa » devenue ensuite Collongue.
Les deux villages frères se développèrent durant le Moyen-Age
avec leurs paysans laborieux protégés par des seigneurs successifs.
Outre l’agriculture, la région apparemment se pliait à une
vie religieuse intense car il existait au moins six centres religieux. Certains
venaient même de Marseille à pied et par la forêt pour aller
prier à Notre-Dame de Rot près du Pilon du Roi ou à Saint-Germain
qui était une abbaye bénédictine à l’époque.
On venait y célébrer chaque année la fête de Saint-Germain
l’Auxerois, patron des chasseurs. C’était une grande et belle
fête que l’on célèbre toujours.
Evidemment, de temps en temps, il y avait quelques troubles.
Comme en 1384, quand les troupes marseillaises vinrent assiéger
le château de Collongue avec moult catapultes et autres bombardes.
Un vrai feu d’artifice ce jour là !
Simiane au temps des grandes invasions
Durant les invasions (de Wisigoths notamment en Provence) puis les incursions sarrasines et normandes, la population, éparpillée du temps de la « pax romana », sentit la nécessité de se regrouper autour de places fortifiées sur des hauteurs (pour guetter l’ennemi et mieux se défendre).
C’est alors que furent fondés alors, au pied du Pilon
du Roi, les hameaux fortifiés de Venel au Nord, et de Roques à l’ouest
(vers Fabrigoules).
Ce dernier, peu accessible, fut abandonné par la suite et ses
habitants se regroupèrent avec ceux de Venel où se tenait
la paroisse commune autour de l’ancienne église Sainte-Marie
(ou plus tard Sainte-Marie-Madeleine).
Les habitants du hameau coupaient le bois et défrichaient le sol
des collines. La population augmenta.
Les temps devenant moins troubles, fut crée alors un autre village à l’entrée
de la plaine, du nom de Collum-longum (ou Cauda longa) d’où est
issu le nom provençal de Collongue.
Ce village était au pied d’une butte rocheuse où dominait
un castrum.
Il entourait l’ancienne église de Saint-Pierre, (devenue
par la suite Chapelle des Pénitents).
Ces deux localités, leurs églises et leurs châteaux,
sous l’autorité de seigneurs eux même inféodés à des
suzerains plus puissants dont le Comte de Provence, ont appartenu au
domaine de Bouc jusqu’au XVIe siècle.
Simiane : naissance d’un petit village
Le 20 mars 973 paraît un premier acte officiel mentionnant l’église
de Venel et celle de Collongue. A cette date, le seigneur Rambert et
sa femme Wilitrude cédèrent ces deux églises à l’Abbaye
de Montmajour, par un acte rédigé alors en latin « ecclesias
St Mariae et St Pétri in territorio castri de Bucco, in valle
quae vocatur Venellis ».
Une liste posterieure de 1098 nous indique de nouveau « ecclesias
parochialis de Venel et ecclesiam parochial.. de Cauda longa.
Au Moyen-Age, le terroir de Simiane voit fleurir églises et chapelles.
Sur la crête de la grande étoile, à l’est du Pilon
du Roi, se dresse le monastère de Notre-Dame de Rot (de Roué :
chêne en provençal).
, dans un vallon escarpé
Et vers l’ouest, vers Fabregoules, se trouvait l’ancienne église
de la bienheureuse Marie de Rocha (XIIe s).
Saint-Germain, proche de l’église Sainte-Marie-Madeleine de Venel
: c’était un prieuré bénédictin en pleine
activité en 1056. De grande renommée, on y accédait de
Marseille par le pittoresque chemin de Fabrégoules.
La première église Saint-Pierre de Collongue s’abritait
sous le mur d’une citadelle situé sur le rocher (castrum) : des
actes du XI et XIII ème siècle insérés dans le
cartulaire, indiquent les biens fonciers qui en dépendaient.
A Saint-Jean de Siège, se trouvait en 1030 une chapelle dédiée à Saint-Jean,
patron évangélique populaire dans toute la Provence.
Au Moyen-Age, il y avait donc sur le territoire de Simiane au moins six centres religieux, environnés de maisons de fermiers, cultivant les terres sous la dépendance à l’époque de l’Archevêché d’Aix et de l’Abbaye Saint-Victor à Marseille.
Au XIII ème siècle, Charles 1er , Comte de Provence, possédait dans ces lieux le droit de Haute-Seigneurie, le droit d’Albergue à raison de 10 livres par an et celui de Cavalcade.
Anselme Fer, banquier marseillais, détient Collongue et Venel
pendant quelques temps et les rétrocéde à la cour,
sans doute vers 1237.
En 1350, Amiel de Boniface, citoyen de Marseille, est seigneur de Collongue,
qui lui est ensuite confisquée pour crime de trahison et est
vendue à la famille de Gaufridy.
En 1379, les commissaires de la reine Jeanne constatent que cette localité est
bien pourvue en blé, en vin et en fruits.
En 1384, à la mort de la reine Jeanne, Pierre de Gaufridy, , se rallie à la
faction de Charles de Duras et leur ouvre les portes du Castrum de Collongue.
Les Marseillais, partisans de Louis d’Anjou (fils adoptif de
la reine Jeanne), vinrent faire le siège de la citadelle et employèrent
(selon Ruffi , historien) une « bombarde », ancêtre
du canon, qu’on chargeait avec de la poudre, et un « trébuchet » avec
laquelle on lançait de grosses pierres ! !
Le castrum capitula et Collongue fut alors confisquée et attribuée à Bertrand
d’Agoult en 1384.
Le 20 juillet 1385, la reine Marie l’acheta pour 50 livres en or à prendre
sur les gabelles de Vitrolles.
La seigneurie changea par la suite assez souvent de maîtres.
En 1437 : elle se trouve aux mains de Hugues de
Gaufridy. |
Le saviez-vous?
Collongue Provient du latin Collum longum ? ou Cauda
longa qui désigne la région moyenne d’une
montagne, entre le sommet et la base. |
Venel Le hameau est désigné en 1056 sous
le nom de Collum de Venello. Un castellum (place –fortifiée
en pierre) dominant le Baou de Venel (mamelon de Roches de 15
m de hauteur au pied du Pilon du Roi). Il était entouré de
remparts. On y a retrouvé des vestiges gallo-romains.
A proximité, se trouve la source dite de Venel au creux
d’un vallon boisé. |
Le Pilon du Roi Le pic qui surplombe l’ancien village de Venel est appelé aujourd’hui Pilon du Roi mais l’origine du nom serait plutôt « Pilon du Roué » (du provençal : roué – chêne) du fait de la végétation abondante en feuillus à l’époque qui aurait donné son nom à un ancien couvent tout proche et dédié à Notre-Dame du Roué (ou de Rot). Il culmine à 710m (le col St Anne à 691m). De son sommet, on a une vue étendue sur la rade de Marseille et le Pays d’Aix. |
Pendant de nombreuses années, les habitants de Venel et de Collongue vécurent comme toujours d’agriculture et d’élevage avec leurs tâches agricoles saisonnières rudes et prenantes, tandis que le fief n’arrêtait pas de changer de mains.
Au XVI ème siècle, la région et notre commune
eurent beaucoup à souffrir des guerres de religion, notamment
les habitants de Venel qui durent venir se réfugier à Collongue.
Date importante : 1684, cette année-là, les terres de Collongue
et de Venel furent achetées par Jean de Simiane, époux
de Pauline de Grignan, petite-fille de la marquise de Sévigné.
Et oui, celle qui a écrit ces fameuses lettres pour raconter de
façon croustillante la vie à Versailles, pendant le règne
de Louis XVI.
Comme le monde est petit !
Jean de Simiane étant de venu marquis, on appela notre village « Simiane
les Aix ».
1720 fut une funeste année à cause
de la peste venue de Marseille.
Simiane y perdit 257 de ses habitants dans d’affreuses souffrances.
La révolution de 1789, pourchassant les Nobles, redonna le nom de Collongue à notre
commune jusqu’en 1814 et il fallut attendre le 18 novembre 1919 pour
que notre village s’appelle enfin Simiane-Collongue.
En 1834, nos aïeux souffrirent d’une grave pénurie
d’eau.
Ce manque d’eau, en particulier l’été, fut
un mal chronique jusque dans la seconde moitié du Xxème
siècle où le Canal de Provence, enfin, permit de remédier à la
sécheresse.
D’autres progrès améliorèrent progressivement
le sort des Simianais à partir du XIXème siècle.
En matière de démocratie d’abord, en 1876, ils purent
pour la première fois élire leur maire et ses adjoints.
Ils profitèrent de spectaculaires progrès mécaniques.
En 1877, le train roula pour la première fois entre Aix et Marseille
avec arrêt à Simiane. Ceci avec l’apparition des voitures
et l’amélioration des routes, permit à nos grands-parents
d’avoir une autre connaissance du monde.
Peu à peu, les tracteurs, les javeleuses puis la moisonneuse-batteuse
facilitèrent grandement leur travail.
Le XXème siècle pouvait apparaître comme une époque
bénie, malheureusement, les deux grandes guerres mondiales de 1914-18
et 1939-45 furent des époques désastreuses pour tous y compris
les simianais qui y perdirent beaucoup de leurs enfants.
Aujourd’hui, comme tu le vois, la vie a bien changé.
Les lotissements ont remplacé les terrains agricoles et les voitures,
les charrettes à foin.
Mais, parait-il, c’est le progrès. Il faut l’accepter et
surtout savoir le régler afin que comme jadis, chez-nous, l’homme
ait toujours une place au sein de la nature. C’est à toi d’y
veiller désormais.